vendredi 14 juin 2013

247 - Un amour de femme


Marquis,

Cette lettre ne vous émouvra nullement, je m'en doute bien. Aurais-je un jour pu concevoir ce qui m'arrive ? La folie Marquis, la folie. Quand je vous ai vu pour la première fois, j'ai tressailli d'horreur. Chauve, comment auriez-vous pu avoir les cheveux au vent ? Bossu, vous ne regardiez que vos pieds. Bancal, il ne vous restait plus qu'à cancaner pour mieux ressembler au volatile palmé. Ce que vous ne vous êtes pas privé de faire en ma présence. Grotesque, pitoyable, mal vêtu, laid, grossier, mal éduqué, goujat, vous me plûtes dans votre abjection.

Vous pousserez des éclats de rire aigus en lisant cette lettre, j'en suis persuadée. Faites donc Marquis, vous n'en serez que plus exquis. Raillez, crachez, médisez, votre séduction est là. Odieux, insupportable, repoussant, vous me plaisez. Faites seulement le gentil, le beau, l'humble, et votre charme se brisera aussitôt. Ce qui fait votre prix, c'est votre bosse, votre bassesse, votre rire cruel.

Moi je vous trouve beau cher Marquis, parce que pittoresque, méchant, fat, égoïste. Vous ne cherchez pas à plaire, voilà qui est aimable. Vous vous moquez de moi, c'est désarmant. Vous êtes comme la peste : le monde vous fuit. Charmante misanthropie !

Marquis, je vous offre mon hymen, il est à vous car pour vous je brûle. Je sais que vous le refuserez et que cela me fera pleurer. Mais vous, ça vous fera rire et médire. Et votre rire injuste, vos mots coupants seront ma consolation... Je vous aime Marquis, pour une fois n'aurez-vous pas pitié de l'Humanité ? Je suis une belle femme, jeune, convoitée, vierge encore, fortunée, caressante... Refuser ma virginité vous procurera plus de satisfaction que l'accepter, hélas ! Comme je sais tout cela ! Cette lettre est vaine, vous me la jetterez au visage en poussant votre rire impitoyable. Votre rire, ho ! Combien je l'aime et je le hais tout à la fois ! Marquis, mon amour pour vous est voué à l'échec, au mépris.

Les choses sont bien faites : plus vous bafouerez cet amour étrange et dolent que je vous porte, plus je vous aimerai Marquis. Riez maintenant que vous avez lu ma lettre, riez à gorge déployée cher Marquis. Je vous aime dans votre rire cynique et éclatant, dans votre bosse et votre laideur, dans votre définitive ignominie qui, ne craignant pas de se mesurer à tout, si fière d'elle-même monte jusqu'aux étoiles pour leur ravir leur éclat inutile.

VOIR LA VIDEO :

http://www.dailymotion.com/video/xvntku_un-amour-de-femme-raphael-zacharie-de-izarra_news#.UbrRNrUWolE

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Qui est Raphaël Zacharie de IZARRA ?

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Oisif mélancolique, oiseau unique, ange joliment plumé, ainsi se présente l’auteur de ces lignes (une sorte de Peter Pan cruel et joyeux, mais parfois aussi un rat taciturne). Au-delà de cette façade mondaine, loin de certaines noirceurs facétieuses j’ai gardé en moi une part de très grande pureté. Dans mon coeur, un diamant indestructible d’un éclat indescriptible. Cet éclat transcendant, vous en aurez un aperçu à travers mes modestes oeuvres. Est-ce une grâce de me lire, pensez-vous? Osons le croire. CONTACT : raphael.de-izarra@wanadoo.fr