vendredi 14 juin 2013

243 - Tout travail ne mérite pas salaire


De plus en plus, l'homme devient une source de profit pour l'homme.
 
Personnellement je supporte de moins en moins d'être considéré uniquement sous l'angle économique. Ainsi je viens encore de recevoir un appel téléphonique (mon correspondant adoptant ce ton commercial lénifiant, impersonnel si caractéristique...) de la part d'une énième grosse société s'informant sur mon mode de vie et mes habitudes de consommation... Ce genre d'appels téléphoniques brefs et efficaces à la courtoisie en carton-pâte et traités à la chaîne, irrespectueux de mon individualité, est une agression vénale de l'homme par l'homme, une atteinte profonde à la personne humaine conçue exclusivement comme source potentielle de profit.
 
Les puissants industriels qui entreprennent de telles enquêtes par voies téléphoniques ont même fini, à force de stratégies en marketing éprouvées, par s'imposer dans l'opinion publique comme une agréable, inoffensive, bienveillante efflorescence mercantile faisant partie du "paysage des télécommunications". Aujourd'hui tout le monde trouve cela normal. Pas moi.
 
Avec les nouvelles lois de protection des symboles commerciaux, le renforcement des droits divers protégeant les intérêts strictement économiques des citoyens, des professionnels ou des industriels (COPYRIGHT sur INTERNET pour la moindre insignifiance, utilisation réglementée des logos, port et détention prohibés de produits imités ou falsifiés qui ne sont pas dangereux, interdiction de citer publiquement les marques), avec également les récentes lois sur le droit à l'image impliquant la possibilité d'intenter des procès aux "fautifs" et de leur réclamer des dommages et intérêts substantiels, la société devient obsédée par les rapports économiques qui relient - ou plutôt divisent, montent les uns contre les autres, voire en certains cas déchirent - ses membres.
 
La notion de gratuité, de service désintéressé par amour du prochain, par fraternité envers l'humanité perd de sa valeur dans notre société déstabilisée par le chômage, la vie chère, hantée par le besoin impérieux de stabilité professionnelle (ou purement et simplement par les gains matériels), au profit d'une conception des rapports humains basée sur le profit, le gain, le commerce. La publicité envahit tout. Douce ou agressive, subtile ou triviale, elle est omniprésente. Tout se vend, s'achète, se fait fructifier, prend une valeur économique. Sauf la gratuité du geste, évidemment.
 
La moindre image d'actualité, la plus petite idée issue de la rue, la dernière lessive, la prochaine rentrée littéraire : tout est appréhendé sous l'aspect mercantile. Tous acceptent le jeu du bénéfice financier, de la spéculation, de la rentabilité. Pas moi.
 
Aujourd'hui la notion de "providence", l'idée de s'abandonner "à la grâce de Dieu", ou le choix de prendre le large au gré des vents de la vie passent pour des folies, de l'inconscience, voire de l'héroïsme...
 
De nos jours tout ce qui a rapport à l'argent est scrupuleusement calculé (par exemple, la moindre heure de travail, chaque impôt, le plus petit dû, les bénéfices professionnels : tout est soigneusement consigné au centime près, enregistré par des machines officielles pour la vie entière du citoyen), et cette approche économique de l'existence a banni de nos mentalités l'esprit bohème, ce panache, cette hauteur de vue qu'adoptaient fréquemment nos aïeux marqués pendant des siècles par l'esprit paysan. Eux n'étaient pas aussi torturés que nous par le confort matériel, les signes de réussite sociale, l'avidité pour la consommation, beaucoup plus conscients de leur mortalité que nous, aveuglés que nous sommes par les mirages matériels qui nous entourent et excitent nos appétits temporels.
 
Comble du comble : même le bénévolat est aujourd'hui remit en question dans le principe de son fonctionnement. Il est en effet question de le rémunérer. Si cette idée aberrante aboutit, les bénévoles vont peut-être devenir des bénévoles rémunérés, voire dûment salariés...
 
En refusant d'adopter ces valeurs dominantes consistant à considérer presque tous les aspects de la vie par rapport à des rémunérations, gains et bénéfices divers (du pourboire obligatoire des lieux huppés que je refuse systématiquement jusqu'au sourire commercial de base que je méprise profondément en passant par les vendeurs de rêves frelatés que je boycotte résolument, sans oublier ma répulsion extrême pour la publicité et tous ses proxénètes et prostitués de la pensée, de la culture, de la sensibilité), je fais le choix de la dignité, de la liberté, de la hauteur.
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Qui est Raphaël Zacharie de IZARRA ?

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Oisif mélancolique, oiseau unique, ange joliment plumé, ainsi se présente l’auteur de ces lignes (une sorte de Peter Pan cruel et joyeux, mais parfois aussi un rat taciturne). Au-delà de cette façade mondaine, loin de certaines noirceurs facétieuses j’ai gardé en moi une part de très grande pureté. Dans mon coeur, un diamant indestructible d’un éclat indescriptible. Cet éclat transcendant, vous en aurez un aperçu à travers mes modestes oeuvres. Est-ce une grâce de me lire, pensez-vous? Osons le croire. CONTACT : raphael.de-izarra@wanadoo.fr